Réseau International des Mouvements Sociaux

Convocation de Mumbai 2004

mardi 18 octobre 2005 par Movimientos Sociales

Appel de l’Assemblée des Mouvements sociaux

Mumbai, Inde, janvier 2004

Nous, mouvements sociaux réunis en assemblée à Mumbai, en

Inde, partageons les luttes du peuple indien, de même que

celles des peuples asiatiques, et réitérons notre opposition

au système néolibéral qui engendre crises économiques,

sociales, écologiques et conduit à la guerre. Nos

mobilisations contre les guerres et les profondes injustices

sociales et économiques ont permis de démasquer le

néolibéralisme.

Nous nous sommes réunis ici pour organiser la résistance et

lutter pour la construction d’alternatives au capitalisme.

Nos résistances, nées au Chiapas, à Seattle et à Gênes, nous

ont conduits à l’immense mobilisation mondiale contre la

guerre en Irak, le 15 février 2003, qui disqualifia la

stratégie de guerre globale et permanente du gouvernement des

Etats-Unis et de ses alliés, et à la victoire contre

l’Organisation mondiale du Commerce à Cancun.

L’occupation de l’Irak a révélé au monde entier le lien entre

le militarisme et la domination économique des entreprises

transnationales. Elle a en outre confirmé les raisons qui ont

motivé notre détermination à nous y opposer.

En tant que mouvements sociaux, nous réaffirmons notre

engagement à lutter contre la globalisation néolibérale,

l’impérialisme, la guerre, le racisme, les castes,

l’impérialisme culturel, la pauvreté, le patriarcat et toutes

les formes de discrimination et d’exclusion économique,

sociale, politique, ethnique, de genre ou sexuelle, ainsi que

notre volonté de voir respecter les orientations sexuelles et

l’identité de genre de chacun(e). Nous nous opposons à la

discrimination des personnes dotées de capacités différentes

et des personnes souffrant de maladies incurables, en

particulier celles atteintes par le virus HIV et le SIDA.

Nous luttons pour la justice sociale, le droit aux ressources

naturelles (la terre, l’eau, les semences), les droits

humains et citoyens, la démocratie participative, le droit

des travailleurs et des travailleuses tels qu’énoncés par les

traités internationaux, les droits des femmes et le droit des

peuples à l’autodétermination. Nous sommes partisans de la

paix et de la coopération internationale et défendons des

modèles sociaux soutenables, capables de garantir les droits

élémentaires et les biens et services publics aux personnes.

Nous rejetons la violence sociale et patriarcale faite aux

femmes.

Nous appelons à nous mobiliser le 8 mars prochain, journée

internationale pour les droits des femmes.

Nous luttons contre toute forme de terrorisme, y compris le

terrorisme d’Etat, de même que nous nous opposons à

l’utilisation de la prétendue « lutte contre le terrorisme »

pour criminaliser les mouvements populaires et les militants

sociaux. Aux quatre coins de la planète, les dites lois

contre le terrorisme restreignent les droits civils et les

libertés démocratiques.

Nous faisons nôtre la lutte des paysans et des paysannes, des

travailleurs et des travailleuses, des mouvements populaires

urbains et de toute personne menacée de perdre son foyer, son

travail, sa terre et ses droits. Partout se multiplient les

luttes destinées à empêcher les privatisations, à inverser la

logique qui les promeut, et à protéger les biens communs et

leur caractère public - telles les luttes menées en Europe

pour défendre les retraites et la sécurité sociale. La

victoire du peuple bolivien et de sa gigantesque mobilisation

pour défendre ses ressources naturelles, la démocratie et sa

souveraineté témoigne de la force et de la puissance de nos

mouvements, alors que simultanément se développent les luttes

paysannes contre les transnationales et les politiques

agricoles néolibérales, avec pour exigences la souveraineté

alimentaire et une réforme agraire démocratique.

Nous appelons à l’unité avec les paysans et paysannes lors de

la mobilisation mondiale du 17 avril, journée internationale

de lutte paysanne.

Nous nous identifions aux luttes des mouvements et

organisations populaires indiens, et condamnons avec eux les

forces politiques et les idéologies qui encouragent la

violence, le sectarisme, l’exclusion, et le nationalisme en

s’appuyant sur la religion et l’ethnicité. Nous condamnons

les menaces, arrestations, tortures et assassinats de

militants sociaux qui organisent les communautés dans leur

lutte pour la justice globale, et nous dénonçons la

discrimination fondée sur les castes, les classes, la

religion, le genre, l’orientation sexuelle et l’identité de

genre. Nous condamnons la perpétuation de la violence et de

l’oppression contre les femmes par le biais de modèles et de

pratiques culturelles, religieuses et de traditions

discriminatoires.

Nous soutenons les efforts des mouvements et organisations

populaires qui encouragent, en Inde et en Asie, la lutte des

peuples pour la justice, l’égalité et les droits humains. En

particulier les luttes des Dalits, des Adivasis et des

secteurs les plus opprimés et réprimés de ces sociétés. La

politique néolibérale du gouvernement indien accentue la

marginalisation et l’oppression sociale dont le peuple des

Dalits a souffert au cours de l’Histoire et qu’il subit

encore aujourd’hui.

Pour toutes ces raisons, nous soutenons les luttes de tous

les exclus de la planète et appelons à nous joindre à l’appel

qui sera prochainement lancé par les Dalits en faveur d’une

journée de mobilisation pour l’inclusion sociale.

Le capitalisme, en réponse à la crise de légitimité qu’il

connaît, utilise la force et la guerre pour maintenir un

ordre économique impopulaire. Nous exigeons des gouvernements

qu’ils mettent fin au militarisme, à la guerre, et qu’ils

mettent un terme aux dépenses militaires. Nous exigeons

également la fermeture des bases militaires nord-américaines,

où qu’elles se trouvent, parce qu’elles constituent une

menace pour l’humanité et la planète. Nous devons suivre

l’exemple de la lutte du peuple portoricain, qui a obtenu la

fermeture de la base militaire états-unienne de Vieques.

L’opposition à la guerre globale reste notre terrain commun

de mobilisation, partout dans le monde.

Nous appelons les citoyens et citoyennes du monde à se

mobiliser le 20 mars prochain, pour une journée

internationale d’opposition à la guerre et à l’occupation de

l’Irak imposée par les gouvernements des Etats-Unis, de

Grande-Bretagne et leurs alliés.

Les mouvements contre la guerre élaboreront leurs propres

mots d’ordre et tactiques afin d’assurer la plus large

participation aux mobilisations. Nous exigeons le retrait

immédiat des troupes d’occupation de l’Irak et soutenons le

peuple irakien dans ses droit à l’autodétermination, à la

souveraineté et aux réparations pour les dommages causés par

l’embargo et la guerre.

La « lutte contre le terrorisme » ne sert pas seulement de

prétexte pour maintenir l’état de guerre et l’occupation de

l’Irak et de l’Afghanistan ; elle est également utilisée pour

menacer et agresser les peuples. Alors que parallèlement, le

blocus criminel imposé Cuba est maintenu, tout comme la

stratégie de déstabilisation du Venezuela.

Nous appelons à soutenir avec force la mobilisation en faveur

du peuple palestinien, et tout spécialement le 30 mars,

journée de la Terre en Palestine, pour revendiquer le droit

des réfugiés au retour et manifester notre opposition à la

construction du mur.

Nous dénonçons l’impérialisme qui suscite à son profit les

conflits religieux, ethniques, raciaux et tribaux, excitant

la haine, la violence, et accentuant la souffrance des

peuples - comme ce fut le cas pour plus de 80% des 38

conflits armés qui ont ensanglanté la planète en 2003,

touchant principalement les peuples d’Asie et d’Afrique.

Nous dénonçons l’utilisation coercitive, par les

gouvernements, les transnationales et les institutions

financières internationales, de l’endettement insoutenable

des pays pauvres. Nous répudions cette dette illégitime et

exigeons son annulation inconditionnelle, ainsi que la

réparation des dommages économiques, sociaux et écologiques,

qui constitue une condition préalable à la pleine

satisfaction des droits des peuples du Tiers Monde. A cet

égard, nous soutenons tout particulièrement la lutte menée

par les mouvements sociaux sur le continent africain.

Nous opposons notre voix aux réunions du G8, du FMI et de la

Banque mondiale, principaux responsables de la spoliation des

peuples.

Nous rejetons l’imposition d’accords régionaux ou bilatéraux

tels que l’ALCA, le NAFTA, le CAFTA, l’AGOA, le NEPAD, l’Euro-

Med, l’AFTA et l’ASEAN.

Nous sommes des millions à mener la lutte et à unir nos

mobilisations contre un ennemi commun : l’OMC. Les peuples

indigènes luttent contre tout brevetage du vivant et toute

atteinte à la biodiversité, à l’eau, à la terre, à

l’environnement, à l’éducation et à la santé. Nous sommes des

millions à nous opposer à la privatisation des services

publics et à partager nos luttes avec les jeunes et les

étudiants qui revendiquent leur droit à l’enseignement public

et à un emploi digne leur assurant un avenir sans pauvreté ni

violence.

Nous appelons chacune et chacun à se mobiliser pour l’eau,

droit fondamental et source de vie à écarter de toute

privatisation. Nous appelons en outre à reprendre le contrôle

des biens communs et des ressources naturelles qui ont été

livrés aux mains des intérêts privés et transnationaux.

Lors de la bataille victorieuse de Cancun, la mort du paysan

Lee a incarné la souffrance de millions d’autres paysans et

celle des secteurs populaires exclus par le « libre marché ».

Son immolation symbolise la détermination qui nous anime et

que nous opposerons à toute tentative de ressusciter l’OMC.

L’agriculture, l’alimentation, la santé, l’eau, l’éducation,

les ressources naturelles et les biens communs hors de l’OMC !

C’est avec la même détermination que nous appelons tous les

mouvements sociaux du monde à se mobiliser contre la

prochaine conférence ministérielle de l’OMC, qu’elle se

tienne à Hong Kong ou ailleurs, et à unir nos efforts dans la

lutte contre les privatisations, pour défendre les biens

communs, l’environnement, l’agriculture, l’eau, la santé, les

services et l’éducation.

Pour toutes ces raisons, nous réaffirmons notre ferme volonté

de renforcer le réseau des mouvements sociaux, afin de

renforcer notre capacité de lutte.

Globalisons la lutte ! Globalisons l’espérance !

Adopted by the Activists Assembly at the WSF 2004 - Contact and info : movsoc@uol.com.br


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